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Le défi de la performance face à la contrainte du temps

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L’accélération du rythme de vie est un élément important de la dynamique des sportifs pour leur projet de performance. Le temps n’étant pas de nature extensible, l’expansion des exigences sportives n’est pas sans conséquence sur les autres temps sociaux. Comment l’athlète arrive-t-il à tout concilier ou au contraire, fait-il des arbitrages ? Éléments de réponses avec une étude sur le rythme de vie menée auprès des SHN par le département de la Recherche de l’INSEP.

 

Dans un contexte général d’augmentation des exigences sportives (fréquence des compétitions, multiplication des stages, utilisation de nouvelles ressources) et de maintien des autres types de besoins (suivre des études, voir sa famille et ses amis, avoir une vie amoureuse, etc.), il paraît pertinent de s’interroger sur les conditions environnementales des sportifs de haut niveau, plus précisément sur leurs rythmes de vie. C’est dans ce contexte général que le département de la recherche de l’INSEP a mis en oeuvre une étude sur les rythmes de vie des SHN des pôles France de l’Institut (Cf. encadré). Cette étude s’interroge sur la capacité des sportifs à pouvoir tout réaliser : répondre aux exigences d’entraînement et de performance, satisfaire leurs désirs et utiliser les ressources disponibles (récupération, nutrition, préparation mentale et physique…) dans un contexte où les contraintes qui pèsent sur eux sont déjà importantes. Comment comprendre les mécanismes généraux de construction et de régulation de l’emploi du temps des sportifs. Quels regards les sportifs portent-ils sur leur rythme de vie ? Comment parviennent- ils à mobiliser cet ensemble composé de ressources et de contraintes dans un temps restreint ?

 

La méthode de l’étude
Pour répondre à ces questions, 42 entretiens avec des sportifs de haut niveau ont été réalisés par les chercheurs (Cf. tableau 1 : synthèse des caractéristiques des sportifs interviewés). Entre un et trois sportifs ont été interrogés par pratique sportive présente à l’INSEP. Ces entretiens s’inscrivent dans la continuité de plusieurs enquêtes réalisées sur les rythmes de vie des sportifs de l’INSEP de fin 2011 à mars 2012 et comprennent :

  • ƒƒune enquête par questionnaire auprès des différents services de l’INSEP de manière à faire l’inventaire des différentes prestations proposées pouvant avoir un impact sur le quotidien des SHN ;
  • ƒƒdes entretiens collectifs avec les responsables et/ou entraîneurs de pôles de l’INSEP de manière à mieux comprendre les problématiques liées aux rythmes de vie de leur SHN ;
  • ƒƒdes entretiens avec des personnes- ressources des différents services de l’INSEP afin de recueillir leur expertise sur cette question.

C’est dans la continuité et sur la base de ces différentes enquêtes que nous avons : ƒƒ

  • d’une part, choisi un panel de sportifs représentant la diversité des cas de figure présents dans l’INSEP ;
  • d’autre part, construit un guide d’entretien sur la base des différentes problématiques relevées lors de ce premier recueil d’informations.

 

 

Éléments de sociologie du temps

Peu de travaux récents sur le sujet
En dehors d’un rapport publié en 1990 sur le rythme de vie des sportifs de l’INSEP (Irlinger, Louveau, Metoudi, 1990), à notre connaissance, aucun travail récent en sociologie ne traite spécifiquement cette question. Lorsqu’elle est abordée, cette dernière est étudiée de façon succincte dans le cadre de travaux plus généraux (Bertrand, 2012 ; Sorignet, 2006 ; Viaudet et Papin, 2012) mais jamais elle ne constitue un objet d’étude en soi. Cette question du temps – si elle est peu traitée en sociologie du sport – est une préoccupation scientifique qui va bien au-delà du monde sportif, dont l’existence est ancienne (Durkheim, 1912), mais surtout qui se voit réaffirmée comme un élément pertinent d’analyse du social depuis une dizaine d’années.

 

La question du rythme de vie
À l’intérieur de cette sociologie du temps, la question du rythme de vie trouve un sens dans les travaux récents de Hartmut Rosa (2010). Rosa parle d’un phénomène d’accélération sociale du temps.

Selon l’auteur, la société est entrée dans une période postmoderne qui place les individus dans une « course au temps ».

Dans la période prémoderne, le temps était cyclique, les individus suivaient les rythmes naturels des saisons, de la journée (lever et coucher du soleil). Dans la période moderne, de nouvelles temporalités sont apparues et ont réorganisé les manières de vivre (travail, école, loisir). Cependant, laisser le temps s’écouler continuait d’être le principe organisateur. Dans la période postmoderne, on ne laisse plus le temps s’écouler, on veut agir sur lui, en tentant de l’accélérer : on casse le rythme naturel du temps par anticipation des temps du futur dans le présent. Sous contrainte d’accumuler plus de richesses, de vivre davantage d’expériences et dans une logique de rationalisation du travail, le temps s’accélère. Cette accélération, c’est-à-dire cette dynamique dans laquelle les membres de la société sont poussés à toujours en faire plus et mieux dans la même unité de temps, revêt trois formes : une accélération technique (les gains de temps procurés par la technique : Internet, transport), une accélération des changements (les pratiques et les objets sont de plus en plus rapidement remis en cause) et une accélération du rythme de vie. C’est ce dernier qui retiendra plus particulièrement notre attention dans cette étude.

 

 

L’accélération du rythme de vie 

Selon Rosa (2013), l’accélération des rythmes de vie revêt deux composantes : une composante objective et subjective. « Objectivement, l’accélération du rythme de vie représente un raccourcissement ou une densification des épisodes d’action… qui se traduit par une augmentation du nombre d’épisodes d’action par unité de temps » (Rosa, 2013, p 104). Subjectivement, elle se traduit par « une recrudescence du sentiment d’urgence, de la pression temporelle, d’une accélération contrainte engendrant du stress, ainsi que par la peur de ne plus pouvoir suivre » (Rosa, 2013, p 105).

 

Lire l'intégralité de l'article dans RéflexionSport #13

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