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La détection des élites en handball

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Le palmarès de l’équipe de France masculine de handball, la succession de grandes performances depuis plus de 2 décennies, la reconnaissance du handball français sur la scène nationale et internationale à ce jour sont des constats qui méritent de s’interroger sur les conditions de création de cette situation concernant les stratégies de renouvellement des élites. Jacky Bertholet engagé comme conseiller technique sportif auprès de la FFHB depuis 1995, responsable du Pôle Espoirs garçon, livre à partir de ses expériences professionnelles, sa réflexion personnelle avec ses limites et ses intérêts.

  

Ma mission : détecter

Performer dans mon domaine, c’est accomplir mes missions pour contribuer à un effort collectif de renouvellement des joueurs de France A et de renouvellement de joueurs professionnels. Je dois trouver à chaque instant la solution. Depuis bientôt 20 ans, le terme de détection m’interpelle tant il peut me renvoyer vers des conceptions pour le moins décevantes. Combien de parents, d’entraîneurs en formation, d’étudiants attendent qu’un spécialiste puisse leur donner « les critères de détection » du futur grand handballeur de demain ?
Pouvons-nous imaginer que l’on puisse assez tôt, dans nos organisations actuelles, identifier les 2 ou 3 futurs internationaux d’une année de naissance pour les rassembler et les former ?
––Combien de fois la détection s’est-elle résumée à des filières ?
––Combien de jeunes « dominants » ont-ils été « mis en valeur » pour finalement atteindre seulement un bon niveau national ?
––Combien de champions ont réussi, malgré des experts qui ne les imaginaient pas aller aussi haut ?

Je n’aime pas ces mots : détection – détecter. Sûrement est-ce dû aux représentations successives que je me suis faites. Je trouve ces termes tellement réducteurs alors que les actes qu’ils représentent sont, à mon avis, des situations tellement plus riches et denses lorsqu’il s’agit de « détecter » chez une personne une compétence pour réaliser des performances de haut niveau. Pourquoi réducteurs ? Le Petit Larousse définit la détection comme : « Action de détecter la présence de quelque chose de caché, de quelque chose qui n’est pas visible à l’oeil nu. Synonymes : repérage, localisation et le verbe ». Et détecter comme « Découvrir l’existence de quelque chose à la suite de recherches ; découvrir quelque chose par intuition ; diagnostiquer. Synonymes : repérer, localiser, dépister ».

  

... penser que ce que l’on cherche existerait déjà et surtout pourrait perdurer dans le temps.

   

Il existerait donc « quelque chose » dont une technique ou une intuition pourrait nous révéler « la présence ». « Quelque chose » en handball, le spectre est large : faut-il y voir des qualités physiques ? Des aptitudes mentales à la performance ? Une personnalité dans toutes ses dimensions ? Des comportements dans un environnement ? « La présence » me laisse à penser que ce que l’on cherche existerait déjà et surtout pourrait perdurer dans le temps. Quid de la création, de l’invention ? Que devient le progrès, l’évolution, l’adaptation, l’épanouissement, la maturation ? Des notions qui comptent énormément dans la performance de haut niveau.

Très franchement, aujourd’hui dans le champ de la détection, je perçois surtout des repères d’évaluation du joueur – de son profil, toujours d’actualité, mais trop soumis à une logique analytique, à une logique de découpage. Des repères, selon moi, trop isolés d’une réalité beaucoup plus dense.

  

   

Les dilemmes de la détection 

Il est fondamental d’identifier les dilemmes les plus pertinents si l’on veut bien évaluer.

L’individuel et le collectif

« Ce que j’ai vu à Athènes, c’est un groupe soudé, toujours ensemble, et ce que j’ai vu à Pékin c’est des individus forts qui n’étaient pas toujours ensemble ». Observateur de l’équipe de France masculine de handball et témoin de sa performance à Athènes (5e) puis à Pékin (1er), cette réflexion de Claude Fauquet me marque particulièrement, elle synthétise l’ambiguïté des liens entre l’individuel et le collectif et illustre bien cette première boucle (Cf. Figure 1).

   

Si la performance qui compte au final est bien celle de l’équipe, les recrutements « Galactiques », la notation des joueurs dans les journaux spécialisés, les statistiques individuelles et collectives, les stars sont autant d’éléments qui nous rappellent l’importance d’un ou des individus dans la performance collective. Pourtant ma conviction est que la performance de haut niveau en sport collectif est avant tout l’aboutissement d’un projet commun qui dépasse largement l’addition des performances individuelles. Elle est la production, partagée, d’un groupe de personnes ; production à l’issue de laquelle chaque personne, à travers sa contribution individuelle, devra y constater un épanouissement personnel.

« Le très haut niveau est caractérisé par la performance individuelle. Chacun doit emmener sa performance maximale, à partir de là si on est capable de la lier à un projet collectif avec un état d’esprit fait de solidarité et de coopération, on peut gagner. » Gagner à haut niveau passe par la performance collective.

Fort de cette conviction, je pense qu’il est capital d’observer les situations avec ce filtre afin d’agir plus justement. J’essaie alors d’apporter des réponses à trois questions : Qu’apporte chaque individu au collectif ? Qu’apporte le collectif à chaque individu ? Comment définir les liens qui les unissent : les individus entre eux et les individus au collectif ? Sont-ils vertueux ou pas ?

Et cela sans jamais perdre de vue le contexte. Ces points d’appui me permettent à la fois de prendre en compte les qualités personnelles des acteurs, de mesurer la maturité du projet de jeu collectif et de formuler des hypothèses quant à la dynamique de leurs interactions. « Le quelque chose » que je cherche est peutêtre par là. Cette démarche qui organise le cheminement des informations que je traite est aussi un garde-fou face à l’instabilité des situations, et le fort potentiel de changement dans le temps.

D’un côté, lorsque je détecte dans les catégories de jeunes, le projet collectif est forcément moins abouti. Les qualités individuelles du joueur prennent plus de poids dans l’évaluation, et il est plus difficile d’établir un lien d’influence entre les joueurs et l’équipe.

De l’autre côté de la période de détection, en U21, le projet de jeu est devenu bien plus abouti. Les liens entre le joueur et l’équipe sont beaucoup plus denses.

   

   

Lire l'intégralité de l'article dans RéflexionSport #14

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